Regard soignant

L’ombre du don

On ne le voit jamais ; pourtant sans lui, qu’adviendrait-il d’un être fragile, impotent, nécessiteux ?

Alors que dans la nuit, le jour éphémère se fait pour s’enquérir du besoin immédiat d’un grabataire qui appelle.

Qui est-il ? Qui est-elle ? Cette âme douce qui ne demande jamais rien pour pouvoir être disponible à cet autre.

Aidant, voilà le petit nom qu’on leur attribue.

Il n’est ni de droite ni de gauche, il n’a pas le temps de militer pour choisir un chemin. Non !

Il ne choisit que pour que tout soit bien pour le proche dont, il ou elle a accepté la charge.

Aidant : action d’aider, ou acteur d’aide. Quelle qu’elle soit !

Dans l’ombre des murs nocturnes, rarement au soleil d’été, dans une chambre, une maison, il ou elle s’affère, tôt le matin, jusqu’à tard le soir.

Les horaires ne sont qu’indicateur d’un besoin pour cet autre qu’il soutient. Trop souvent seul avec leur deux bras devant un désarroi qui en silence leur chuchote :” patience et abnégation pour toi !”

L’aidant s’efface malgré lui.

Existe-il vraiment aux yeux de ceux qui rentrent ou partent au travail et qui pensent que soutenir n’est qu’une obligation d’un être de sang envers son parent, son enfant qui ne peut seul ?

Il n’est pas du domaine du soin, pourtant, il ou elle fait bien. Plus que bien !Les recommandations de posologie sont respectées au pied de la lettre.Le repas est servi à heures fixent pour ne pas chiffonner la “ si longue journée”.

La surveillance de l’état cutanée, de l’hydratation, du confort sont veillées continuellement sans cadre de quoi ce soi en dehors de, là ! cet humain qui ne peut.

Aidant que peu aide.

Seul, face aux difficultés, il ou elle s’active pour résoudre et lisser la contrariété. Pas pour eux, mais pour celui de sang, de chair et de corps qui souffre.

“Ce n’est pas physique d’aider !” oseront dire certains qui bien las de leur labeur rentreront épuisés.

Et l’aidant, debout, avant même le premier chant des oiseaux, ira jusqu’au bout du coucher de lune, soutenir en silence l’être qui au fond du lit suppliera la grâce de sa main, de le secourir.

Aidant, entre quatre murs !

Une incarcération volontaire sans menottes où tout est compté pour parer à l’éventualité d’un besoin restant à satisfaire.

Qui, ses cernes ne montrera jamais à l’extérieur de ceux qui ne comprennent pas. Et, si, elles sont visibles, elles ne sont d’aucune utilité au discours du “Pourquoi ? “

L’aidant fait, avec ou sans la compréhension de ceux qui pensent que d’un don de soi, sa vie est une plénitude choisie.

Même proche de l’aidant, le bandeau sur les yeux, chacun vaque à ses propres occupations.

Parlez-lui de vos prochaines vacances, il vous répondra “ que le prochain rendez-vous est le mois prochain ! ” qu’il prépare la logistique du transport, des papiers, du retour et prévoira même l’éventualité de ne pas être joignable par téléphone.

Alors, l’aidant entre quatre murs, serre la main de celui qui redoute la douleur, la visite chez le médecin à trente kilomètres de là et qui cherche le réconfort dans l’unique qu’il peut encore toucher.

Qui avec sa voix éteinte, tordue, éraillée exprime ses angoisses à l’aidant qui patiemment écoute et réconforte, sans penser à sa propre faim ou à sa fatigue.

L’aidant sans comprendre voit bien tout se distancer de lui.

Mais, il doit, il tient à rester auprès de ce malade qui humainement ne peut rester seul.

Alors l’aidant, s’efface petit à petit. Il devient “ j’étais!” et pour être, il lui faut soigner.

Soigner l’autre qui au fond d’un lit gémit, pleure et demande de sentir encore la vie en dehors de la peinture de son horizon.

L’aidant ne pense plus à lui.

Il devient le seul lien de la personne soignée avec le monde extérieur, prenant soin de se mettre en retrait dès qu’une visite se pointe. Il sait que ce n’est pas pour lui qu’ils viennent.

Alors, il s’efface jusqu’à ne plus être qu’un rapporteur de compte-rendu médical. Un expert de l’anamnèse, de l’évolution d’une pathologie.

La voix de l’aidant n’existe pas !

Il est trop occupé à écouter le malheureux qui hurle sa douleur. Il fait silence pour susurrer des mots doux qui apaisent celui qui écoute.

L’aidant, ne songe même plus à lui, juste pour l’essentiel.

Ses bonheurs ?

Ce sont les sourires que lui renvoie le grabataire ou l’enfant en mal. Ses rires se couplent à celui qui réagit derrière ces barrières de sécurité.

Puis le monde restreint, se restreint encore.

L’aidant de sa vie passée-future ne sait plus rien.

Il devient l’empathie et la compassion de ces murs embaumés de produits pharmaceutiques. Qui en contour faible, palpite encore.

Et un jour, l’aidant comprend ! que plus rien ne reste autour de lui. Un désert soudain, outre l’absence de l’autre, il devient absent à lui-même.

Plus rien ne le touche, plus rien ne lui parle.

Les soins ne sont plus utiles. L’aidant dans le miroir découvre ses cernes, son teint gris, ses cheveux blancs.

Il comprend que désormais, il ne reste plus rien, en dehors de lui.

L’aidant serre ses mains entres-elles. Il a compris, que désormais tout est à construire que pour un.

Le doute entier de sa capacité de ne créer que pour lui, ce doute-là, ne se rassure jamais de mots d’autres.

L’aidant, il lui faut du temps, pour renaître. Revivre, vivre dans son unicité.

Parce que l’aidant, on ne le voit jamais. Il est trop occupé à soigner autre que lui.

Alors, qui peut savoir ce qu’est la vie d’un aidant ?

Personne !

Tant que vous n’irez pas le soutenir, lui parler, l’écouter, et prendre le relais….

Hommage aux aidants !

Avec l’aimable autorisation de Clément, acteur de l’Oldyssey, je vous colle le lien. Tout le monde peut générer une ligne d’humanité aidante.
www.oldyssey.org

2 réponses à “L’ombre du don”

  1. Psychemy51 dit :

    Magnifique, tellement plein d’humilité et d’humanité. l’abnégation de soi éxiste, mais elles ou ils sont rares. Merci à ces personnes qui donnent beaucoup d’amour et d’eux. L’eau, hélas, continue de couler sous les ponts et ne les oublie pas. Un merveilleux merci à toi pour tes écrits toujours aussi touchants, poignants.

    • eve-lieby dit :

      Merci Edwige, je serai l’encre ( ancre) du don, si je peux dessiner une ligne. Je pense bien à toi et espère t’insuffler un peu d’élan dans ton parcours. Merci pour tes retours de lecture, creusés et recherchés.

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